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Plein air, Juin 2021 fr_FR

Plein air, Juin 2021
Terre battue pressurée par les rebonds, gazon haché par les crampons, urnes en désarroi (c’est ballot mais on a prit l’air) et sonos à plein tube en lisière de terrasses. On retrouve la saveur de petites choses moussues glacées tandis qu’un air de fête nous trotte dans la caboche.
Planifier des vacances au goût d’avant occupe nos heures de liberté et il fait bon être démasqués jusqu’à point d’heure en assistant aux spectacles qui fleurissent à nouveau dans nos agendas. Coté expositions, le marché de la création a repris du service et mes tableaux sont en place à Morestel depuis le 11 juin et jusqu’au 25 juillet. Je vous en ai mis le catalogue en pièce jointe.
Mais mon agenda comporte aussi une sortie littéraire: incrusté comme tout le monde dans le cours du temps, j’ai profité du dernier confinement pour faire éclore un tapuscrit. Après une kyrielle de possibilités passées à la moulinette, je l’ai titré « Ce qui nous lie ». Ordonnés chronologiquement, ce sont des premières gorgées de textes à emporter sur la plage et à lire par petites touches.
J’espère que cette compilation trouvera bon accueil aux yeux de celles et de ceux d’entre vous qui aiment mes tableaux mais qui apprécient également de lire mon billet mensuel. Sans divulgâcher son contenu, je tiens à vous indiquer que ce livre de 236 pages au format A5 rassemble des anecdotes auto-biographiques. Elles sont chacune à l’image des textes dont j’agrémente parfois ma newsletter. Dans celle-ci, je vous en glisse un tout à fait en rapport avec les élections. Etre en phase avec l’actu, le grand secret.
PS: Pour obtenir votre exemplaire du tapuscrit, contactez-moi.
A bientôt,
Marc HANNIET

Expositions


MORESTEL, Espace Pictur’halles 11 juin au 25 juillet
Juin: jeudi, vendredi, samedi, dimanche et jours feriés
Juillet: du mardi au dimancheEntrée libre de 14h30 à 18h30

LYON, Marché de la création de Lyon
Quai Romain Rolland – de 9h00 à 13h30
Dimanches 27 juin puis 4 et 11 juillet

Atelier
Selon vos souhaits sur RdV au 06 20 22 84 07
12 rue Ste Marguerite – Ste Foy lès Lyon


L’artiste et le politique

Extrait de « Ce qui nous lie » – Marc HANNIET – Tapuscrit 2021 – p176

« Dès l’adolescence puis dans ma vie de jeune adulte, je me suis opposé farouchement à mon père. L’obéissance était due mais jusqu’à quels sacrifices ? Engagé à mener la vie que des études sérieuses et une honnête compréhension du monde m’offraient comme horizon, je n’étais pas satisfait des renoncements auxquels j’avais consenti pour y parvenir. La question du pourquoi suis-je venu au monde me taraudait. Un déséquilibre flagrant existait entre mes aspirations et les contraintes de la vie ordinaire. Je me rendis compte que j’avais inféodé mes choix aux idéaux paternels en ne prenant pas plus tôt la poudre d’escampette pour me hasarder sur des escarpement où, sans doute j’aurais pu me perdre mais où mon être profond avait tôt exigé que je fasse excursion: les falaises de la création. Le monde n’est pas univoque. Pour dire sa pluralité, s’élève la figure de l’artiste. Sa tâche est de représenter son monde et, ce faisant, d’offrir l’acceptation de sa condition de vivant à ceux qu’il incarne. C’est du liant culturel que fabriquent les artistes. Leurs œuvres nous associent au destin commun en révélant combien nous avons en partage avec d’autres ce que nous pourrions croire n’appartenir qu’à nous-même et, sur la base de ce faux constat, nous en défier de peur d’être rejeté pour cette déviance. Être différent, c’est le préambule de tout réquisitoire qui conduira l’accusé au pilori. Dire sa différence est toujours prendre un risque. Je me sentais différent. Pour un artiste, dire sa différence est un impératif. Positivement, on dira qu’il exprime sa spécificité. Mais son but, ce qu’il recherche, c’est qu’elle soit reconnue comme appartenant à l’ensemble social et culturel dans lequel il évolue. Ainsi, offrant à son public la possibilité de se reconnaître en lui, il le libère de la carapace des inhibitions qui l’empêchait jusqu’alors de se comprendre, de s’accepter, d’être au plus proche de sa nature. En toute personne batifolent des images et des pensées qui exaspèrent l’identité qu’il s’est forgée ou, pour le moins, celle qu’il donne à voir en respectant le jeu social auquel il participe. Ces règles, l’artiste s’en émancipe. Il représente ceux qui pensent le monde à sa façon aux yeux des autres qui le pensent différemment. Il ne travaille pas à convaincre, il se contente de séduire en affirmant ce qu’il est. On pourrait croire lire dans ces caractéristiques une définition du leader politique mais il n’est est rien. La confusion et la différence vient du fait que le politicien cherche à exercer le pouvoir. Souvent, il infléchira ses opinions pour bâtir sa victoire. L’ayant obtenue, il fera étalage de sa faculté d’écoute pour s’y maintenir, niant que la rouerie et le mensonge soient les articulations essentielles de sa machinerie. L’artiste n’est pas à l’écoute des autres mais de lui-même. Il fait vœu de révéler, pas de convaincre. Le politique écoute pour mieux persuader mais se révèle très peu au-delà de ce qui constitue son identité publique. Ni trop fade ni trop épicée, la recette du verbe politique est taillée sur mesure pour la langue de bois.

Comme au jeu d’échec où les conseillers et les machines revendiquent de participer à la stratégie du joueur en titre, le débat politique n’est plus celui des orateurs habiles attachés à défendre leurs idées. Le méli-mélo des calculs stratégiques dicte l’exécution de coups savants joués avec la mitraille des petites phrases dont se saisissent les commentateurs. Les sondages forgent les idées de ceux qui les commandent. Dans l’espoir de forcer l’opinion à les suivre, les alliances effacent les lignes de fracture.

Si je parle de politique, c’est que mon père s’est dédié à elle dès 1969. En prenant le siège de conseiller général au notable du canton, qui pensait l’avoir reçu en héritage au même titre que les terres arables de ses aïeux, mon père devint le plus jeune élu de l’assemblée. Il y siégera jusqu’à devoir la quitter, doyen d’age cette fois, évincé par le couperet des urnes. Son argument de jeunesse s’était retourné contre lui.

Le temps coule. Inégales sont les blessures qu’il inflige. Chacun sait que le péril menace et que définitif en sera le dénouement. A cette heure où il me prend l’envie d’écrire, je sens -j’espère- que par ces mots intimes et tout à fait communs, je pourrais dire des choses qui sont nécessaires autant qu’inutiles à mon père. Je le rejoins dans l’âge où, une partie de notre énergie défaite par le temps qui a passé, il nous reste l’opportunité de nous questionner sur nos regrets, nos remords et de tenter, à ce sujet, d’alerter ceux qui naviguent autour de nous sans voir l’escarpement des berges qu’ils ont volontairement quittées s’évanouir au point que jamais plus ils ne pourront y aborder. »