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Nous ne sommes pas en guerre- 2020-03-21 fr_FR

Nous ne sommes pas en guerre- 2020-03-21

Bonjour les confinés,

Dimanche 8 mars, au petit matin, j’étais à mon poste. j’installai mon étal sur le marché de la création de Lyon. Ce marché hebdomadaire a quarante ans et des poussières. J’y présente mes tableaux depuis quinze années. Il est, pour moi, un inestimable lieu de ventes, de rencontres et de vie. Bien entendu, ma première motivation à poltron-minet, c’est d’y aller pour vendre quelque chose. Mais ça n’arrive pas tous les dimanches. Cependant, je fais toujours connaissance de nouvelles personnes et il n’est pas rare qu’une rencontre permette un échange fertile.  Même si plusieurs semaines, plusieurs mois voir plusieurs années sont nécessaires pour que mon nouvel interlocuteur mûrisse la décision de m’acheter un tableau. Ce qui compte, c’est que ça finisse par arriver. Il est essentiel que j’aille montrer mon travail le cœur ouvert aux inconnus. J’avais, jusqu’à dimanche dernier, une formule amusante pour décrire mon empressement à déballer sur ce marché. Je disais: « Le dimanche, je fais le trottoir… c’est comme ça que je vis, c’est mon métier. » Mon interlocuteur du 8 mars n’a pas ri. Nous avions déjà parlé une bonne dizaine de minutes. De peinture, de l’occident, de l’orient, de tout et de rien. Une conversation sympathique au travers de laquelle je sentais que nous étions sur des longueurs d’ondes communes. Mais il n’a pas ri. Il a marqué un temps d’arrêt puis il m’a dit, froidement: « Vous ne pouvez pas dire ça. » J’étais un peu interloqué. Mais je sentais que nous pouvions parler. Nous avons travaillé le sujet. Je lui donne raison. Je ne peux pas dire ça. Je ne le dirai plus. La très grande majorité des prostitué(e)s ne sont pas consentants. Ces personnes souffrent, sont oppressées et n’ont pas d’autre choix. Il n’y a rien de similaire entre leur situation et la mienne. J’ai retravaillé le concept. Désormais, je dirai ce qui est, c’est à dire que je drague le chaland. C’est plus juste. Il faut faire attention aux mots. La vérité réside dans un emploi correct des mots. Avec les mots, on peut tuer ou sauver des vies.

Mais venons-en à ce qui nous occupe ces jours-ci. Le confinement. Les raisons du confinement. Vous êtes comme moi, chez vous. Vous avez entendu, comme moi, notre président nous conseiller de lire pour occuper notre temps libre. Il n’a pas parlé de livres. Alors on lit sur les écrans. Des blagues et des bêtises qui nous distraient mais aussi des fake news et des trucs intéressants. Il y a plein de petits sujets dans les interstices des grandes décisions qui régissent nos vies et qui sont très en dehors des clous du droit. Je pourrais éventuellement vous en parler. Mais c’est fort technique et pas glamour. Alors je saute directement au vif du sujet qui m’irrite: nous ne sommes pas en guerre. Faites-le savoir. Tous ces va-t-en-guerre qui bavent en se gonflant d’importance et se délecte de nous déclarer en guerre se trompent. Ils n’honorent pas leurs fonctions en se montrant si peu respectueux de ce qu’une guerre impose aux populations qu’elle inféode. J’en suis triste pour nos édiles, à commencer par notre philosophe en chef. Ma remarque sémantique ne lui viendra très certainement pas aux oreilles. Mais voilà, aussi vrai qu’il est faux que je puisse dire que je me prostitue en cherchant à vendre mes tableaux sur le marché de la création, il est faux de prétendre que nous sommes en guerre. Si vous relisez le discours initial de notre Président, il en convient puisqu’il minore immédiatement le terme utilisé. « Nous sommes en guerre, en guerre sanitaire, certes : nous ne luttons ni contre une armée, ni contre une autre Nation. » Alors pourquoi parler de guerre? Lui qui se refuse à immiscer le terme de confinement dans son texte laisse filtrer celui de guerre. C’est regrettable. Il a ainsi ouvert le flot des paroles guerrières que les plus excités se plaisent maintenant à marteler dans leurs prises de parole. Aucune guerre ne protège les plus faibles. Ce n’est jamais son but. Relisez l’histoire et observez avec moi ce que font les guerres: elles font des héros et sacrifient les plus faibles pour vaincre. Leur objet est la conquête de territoire ou de pouvoir à l’intérieur d’un territoire. En sommes-nous là?

Bonne continuation et bonnes discussions,

A plus tard dehors…

Marc HANNIET

Lien vers le texte intégral du discours du Président Macron

NB: Si vous cherchez le texte du discours intégral sur le net vous tomberez sur d’autres sites où, à l’image de celui de Paris Match, des journalistes – j’imagine- ont choisi de mettre en chapeau ou en exergue ce fameux « NOUS SOMMES EN GUERRE » en tronquant le phrase entière, celle que je cite. C’est exactement le genre de détournement que je dénonce. Bonnes recherches  vous.

SUITE, le dimanche 22 mars 2020

Suite à ma publication ci-dessus, j’ai reçu un grand nombre de messages, y compris de soignants, y compris de personnes malades. La majorité de mes correspondants m’a courtoisement fait part de son désaccord, de sa stupéfaction et de son agacement. En substance vous m’avez dit « Mais si! Nous sommes en guerre. Quelle importance les mots? » J’ai répondu à chacun. Plus je répondais aux uns et aux autres et plus je devenais certain de la nécessité de publier la réponse qui suit et que j’ai construite au fil des réponses particulières. Je ne voudrai pas que ceux qui ont été troublés par mon message en restent à leurs étonnement. Je ne demande à personne d’adhérer à mon point de vue. Je vous invite seulement à le comprendre.

Le virus est là. Le combat est difficile, j’en suis conscient. Mon fils, Anatole, est médecin interne à l’hôpital de Besançon. Vous comprendrez que l’inquiétude me transperce également. Il est comme d’autres au feu. Je ne prends pas la situation à la légère. Je ne minimise ni le risque encouru ni le dévouement profond que tous les soignants montrent. Leur détermination nous laisse admiratifs. Respecter les consignes de confinement est le moins que l’on puisse faire pour les aider. Nous le leur devons. Je le fais. Je recommande de le faire. Je ne m’en plains pas.

Concernant le mot « guerre », je dois apporter des éclaircissements. J’ai été trop minimaliste. Précisons les choses. Je ne me prostitue pas en allant faire des marchés. Je n’ai donc aucune raison d’inspirer de la pitié en faisant croire que je partage le sort des prostitué(e)s. C’est absolument déplacé. C’est pour ça que je ne le dirai plus. C’était le point de départ de mon message. Ma prise de conscience de l’importance du devoir d’utiliser les bons mots. Bien nommer les choses. Je ne crois pas que nous, concitoyens confinés, partagions collectivement les contraintes des gens qui vivent en état de guerre… en Syrie par exemple et malheureusement dans bien d’autres territoires. En conséquence je ne crois pas que les gens puissent se permettre de se plaindre d’êtres confinés en s’imaginant être « en guerre ». Je crois encore moins encore que d’autres puissent se croire des « résistants » par le simple fait qu’ils ne respectent pas les ordres de confinement. La fierté des premiers n’est pas légitime car ils sont très loin du front. La bêtise des seconds est détestable et il est logique de la sanctionner. C’est là qu’intervient la loi et je dirais même la loi démocratique puisque la loi martiale n’a cours qu’en temps de guerre.

Hier soir et ce dimanche 22 mars, nos députés examinent le: Projet de loi d’urgence pour faire face à l’épidémie de Covid-19

Notre premier ministre n’emploie pas une seule fois le mot « guerre » dans son discours de présentation de cette loi à l’assemblée nationale. C’est normal. Et vous me permettrez de penser que ce n’est pas du tout parce qu’il a lu mon blog (ah! ah!). En tout cas vous voyez que même dans la gravité de la situation, notre premier ministre est autant que moi à cheval sur le vocabulaire… et j’en suis rasséréné. Lien vers son discours: https://www.gouvernement.fr/partage/11459-presentation-du-projet-de-loi-durgence-pour-faire-face-a-l-epidemie-de-covid-19

Le mot « guerre » peut changer de format en passant à travers les filtres de l’imaginaire commun, de la sémantique et du droit. La guerre tout court, c’est un état. On est en guerre ou pas. Pour conquérir un territoire ou renverser un pouvoir en place (et dans ce cas c’est une guerre dite « civile »). Faire la guerre c’est autre chose, c’est combattre. Nous sommes en « guerre sanitaire » et il faut la conduire. L’adjectif ou le verbe d’action changent tout. Il faut l’adjoindre. C’est ça que je soulignais, ne pas oublier l’adjectif.

Dans notre attirail législatif, la « guerre » est prévue. Les dispositifs tels que l’état de guerre et la mobilisation générale existent. Ils ne sont pas actionnés tels quels. C’est normal. C’est même rassurant. L’épidémie à laquelle nous faisons face est d’une nature intrinsèquement différente. Elle n’enlève pas leur courage à ceux qui sont en première ligne et nous leur devons tous, et à chacun d’eux, par respect autant que par civisme, non seulement de l’admiration mais cette toute petite abnégation qui consiste à respecter les consignes de confinement qui nous sont données. Là est notre mission et je suis le premier à la prendre au sérieux et à la conduire au mieux.

Française-avant-tout

Agenda


LYON -Marché de la création – Supprimé pendant la période de confinement
Quai Romain Rolland
Dimanches 8, 15 et 22 mars 2020

PARIS-CHATOU – GMAC – Ile des impressionistes – Supprimé pendant la période de confinement
Vendredi 27 au dimanche 29 mars 2020

STE FOY LES LYON – Visite de l’atelier – Supprimé pendant la période de confinement
Sur rendez-vous: 06 20 22 84 07


Pas de texte supplémentaire pour ce post…