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Décembre 19, Pérégrinations fr_FR

Décembre 19, Pérégrinations
Une myriade de poissons argentés frétillent à toute allure. Leur banc suit une trajectoire tout à fait inverse à la mienne. Leur résille occulte en partie le paysage. Champêtre, à peine accidenté, celui-ci se renouvelle mollement au fil des kilomètres. L’herbe, imbibée, est d’un vert strident sous les drapés grisâtres des cieux. S’en détachent en gorgones aériennes des volutes d’ors cramoisis. Ce sont les chênes qui ponctuent les prairies, arrière garde des bosquets auxquels les forêts ont été réduites. Je monte à Paris par le TGV de poltron minet. A mon programme impératif s’affichent Toulouse-Lautrec, Degas et Bacon. Du geste. Sauvage et précis. Instinctif et cultivé. Littéraire en fait. Un sillon à suivre, sans vaciller. Qu’importe d’aller à contre-courant si on sait la direction à suivre.
Bonne fin d’automne à vous.

Allégresse saisonnière 220x100cm


Agenda


CHAPONOST – Exposition des petits formats
Du 14 au 22 Décembre 2019
Maison Berthelot – Salle du CUVIER – 55 av Paul Doumer
Samedi et Dimanche de 10h à 18h30 et du Lundi au vendredi de 14h à 18h30
Œuvres de 30 x 30 cm à tarif unique, 120 €

LYON -Marché de la création – Quai Romain Rolland
Dimanche 8 et 15 décembre


Gare de Lyon

Ce texte a été écrit le 4 septembre 2002 après être descendu du train en gare de Lyon. Soit dix-sept ans auparavant. Mais c’est toujours la même jubilation qui me saisit , celle de « monter à Paris »…s


Il fait beau. Les réalités du monde en profitent pour s’estomper. Elles vont, avec leurs petits caractères imprimés et leurs collection de polaroids télévisés, se perdre quelques temps au-delà des nécessités, soumises en leur crâne superbe à la douceur du ciel d’île-de-France.

Je marche en tractant mon bagage. Rétif, il couine comme un jeune animal. Nous sommes en goguette. Tout roucoule alentours. Allégé par la souplesse de l’air et l’élégance des ombres portées, je traverse un monde en paix. Quittant la gare de Lyon, je remonte vers la Bastille puis bifurque pour franchir le canal Saint Martin. Les pelouses bordant les quais accueillent le délassement de couples et d’âmes solitaires. Solidaires dans la composition d’une oasis d’oisiveté logée au cœur même de la grande fourmilière, je les regarde comme des fleurs de parterre. Roule carriole! Je ne m’arrête pas. Nord, nord-ouest, je mets le cap sur l’île Saint Louis par Henri IV. La ville sourit. Mes jambes ankylosées par le confinement du train trouvent, à simplement marcher, la volupté qu’exprime toute chose bien faite dès qu’elle fonctionne. Une danseuse qui danse, un oiseau qui vole, une fleur qui s’ouvre, une bouche qui embrasse. Je n’ai rien à faire: le monde est à moi. S’occuper n’est pas être occupé. Se relaxer n’est pas être relaxé.

Dans de belles vitrines, de beaux objets réclament en silence plus de place, plus d’espace, plus de regards, plus de considération. Ils illustrent nos frustrations en aiguisant nos convoitises. C’est là une liseuse au cuir patiné n’ayant pas pu, au travers des générations qui l’ont possédée, ne pas ravir à quelques corps, en leur offrant l’assise de postures inédites, l’éclosion du désir érotique. C’est là une sorte de haricot en verre campé sur trois pieds. Y fulgure un bleu de Prusse criard enrobant de sa nuit suggestive la hampe d’un carmin cru. Le tout massif, inébranlable, glacé, appelant par contraste un embrasement de corps.

Plus loin me vivifie la tendresse de couples enlacés. Jeunes comme je ne saurait plus l’être jamais. Orgueilleusement détachés du monde, soudés l’un à l’autre par le dédain qu’ils ont du monde aussi sûrement que par l’éclat juvénile, iridescent, de leur peau lisse et tendre. Je n’ose pas les regarder vraiment. Ils ne me verraient pas. Ils ignorent être au théâtre, sur les planches. Je suis comme un vieux qui , tout en respectant scrupuleusement la trajectoire que lui impose les lignes d’eau, accomplit ses longueurs de bassin en songeant qu’il partage l’eau avec ce groupe d’adolescent criards dont les tribulations dans l’eau n’ont comme but que de créer les circonstances propices à d’innocents attouchements. Les écouter et les voir rire le rajeunit.